Depuis quelques années les sociétés de gestion des remontées mécaniques sont en train de vivre une crise structurelle liée aux effets du changement climatiquesur la couverture neigeuse, conjuguée avec l’augmentation des coûts de gestion, avec pour conséquence une perte de compétitivité et d’attrait des stations de ski. Mais cette crise est accentuée aussi par le changement anthropologique des “comportements des vacanciers”. Autrefois en effet, pendant la saison hivernale le touriste cherchait un loisir simple et linéaire qui se concrétisait dans la forme la plus classique du “séjour au ski”; aujourd’hui au contraire il y a différentes sortes de “tourismes”, basés sur la différentiation des goûts et des styles de vie, où l’individu est de plus en plus à la recherche d’une expérience unique et non massifiée.
La crise du modèle du tourisme de masse fondé principalement sur la pratique du ski a rendu nécessaire repenser tout le système des stations pour sauver les entreprises et les territoires qui vivaient uniquement de “or blanc”. Certaines réalités ont dû fermer leurs portes, d’autres essayent de réorienter leur offre touristique sur d’autres produits moins exposés au changement climatique et plus en phase avec les nouvelles tendances en vogue parmi les touristes. À contribuer à ce processus de renaissance des lieux, sont arrivés ces dernières années les opérateurs culturels, qui ont su proposer un partenariat gagnant, en combinant Sport et Culture, comme dans le cas du projet Corpo Links Cluster.

Le Torinodanza Festival\Teatro Stabile de Turin – Scène Nationale et L’Espace Malraux Scène Nationale de Chambéry et de la Savoie, avec le concours des opérateurs de territoire de Dislivelli et des chercheurs de l’Université Savoie Mont Blanc, sont en effet en train de rassembler ces deux domaines, de la culture et du ski, pour augmenter l’attractivité des territoires intéressés. En présentant des propositions culturelles tout à fait inédites en montagne (pour afficher les événements mis en place), capables de créer un “environnement” propice à la collaboration entre artistes, spécialistes et sportifs, en impliquant le tissu entrepreneurial local.
Une rencontre ville-montagne où les propositions artistiques des grands théâtres de Turin et de Chambéry sont mises en scène dans des endroits traditionnellement éloignés de la diffusion de la culture, comme les refuges, les pistes de ski, ou des hameaux avec vue sur des paysages époustouflants.
Un exemple a été l’important succès du programme Vertigine de Torinodanza de l’été dernier, qui a porté en altitude chorégraphes, danseurs, artistes, sportifs et beaucoup de touristes: la compagnie MK de Michele Di Stefano, en étroite collaboration avec le musicien Lorenzo Bianchi Hoesch, a construit à Bardonnèche le projet “Orografia”, un dispositif immersif et olophonique immergé dans le panorama alpin du Haut Val de Suse, une “chambre avec vue” qui a été présente en août à la Baita Chesal de Bardonnèche, station typiquement de ski transformée pour l’occasion en station culturelle, pour porter les spectateurs en altitude par télésiège et vivre la montagne sous un autre angle (video).
Cet été 2019 sera le tour du chorégraphe Marco Chenevier, grandi dans les montagnes de la Vallée d’Aoste et avec un passé de skieur de descente, qui portera touristes et visiteurs sur les pistes de ski de Sestrières en proposant aux intéressés “Paradiso”, une performance qui combine danse et ski, où le glissement, le pli, l’extase du saut, du vol, la vitesse, la légèreté et le vent seront les points cardinaux du projet (http://www.corpolinkscluster.eu/artisti/marco-chenevier/).
Aujourd’hui les stations de ski hivernale ont besoin d’être aidées à travers la rencontre entre art, culture et sport, afin de pouvoir enrichir et désaisonnaliser leur offre touristique. Et cette rencontre sera sans doute l’un des instruments avec qui les stations de ski pourront se transformer en stations culturelles, capables de créer une offre liée davantage aux facteurs naturels, à l’environnement, au paysage, tout en valorisant l’histoire culturelle du territoire, sans l’obligation de se concentrer uniquement sur le ski alpin.